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Dans cet article je vous propose d’aller en profondeur sur l’histoire et les origines de notre belle place qui fascine tant les visiteurs de passage.

Vous pouvez lire également cet article plus synthétique que j’avais déjà rédigé à ce sujet.

Place Bellecour depuis Fourvière
Place Bellecour depuis Fourvière


Place Bellecour, histoire et origines


Historique de Bellecour

Le pré de Bellecour

L'histoire de cette place remonte au Ier siècle de notre ère, avec la création de la cité de Lugdunum. Il est plus que probable que le quartier de Bellecour a connu une certaine activité militaire et marchande dès cette époque si lointaine. En effet, la place Bellecour recouvre l'emplacement des Kanabae, baraques qui servent autrefois d'entrepôts aux négociants gallo-romains.

L'histoire de la place suit logiquement celle de la ville. Avec la disparition de l'empire romain en l'an 273 qui laisse la ville aux mains des barbares, durant quelques siècles bien sombres, puis, sous la domination des Francs Mérovingiens. Les kanabae tombent en ruine faute d'entretien. L'amoncellement de celles-ci stérilise le sol et détourne les hommes de la culture et de l'habitation. Ceci explique pourquoi notre place Bellecour reste si longtemps à l'état de marécage, de bourbier.

Lyon attendra que le XIème siècle pour connaître un nouvel essor, grâce à l'empereur Charlemagne. Elle devient une cité modeste, bénéficiant d'une certaine indépendance. La place, elle, se transforme en jardins et en vignes.
  • A la fin du XIIème siècle, l'archevêque de Lyon possède sur la place la vigne qu'on appelle " bella curtis " (beau jardin). Nom dont on tirera "Bellecour"
  • Au XIIIème siècle, notre place n'est plus qu'un terrain marécageux avec un petit étang près de la Saône.

La place Royale

En 1562, le baron des Adrets établit un camp pour ses hommes d'armes sur ce qu'on appelle toujours à cette époque " le pré de Bellecour ".

Et c'est Henri IV qui pousse le Conseil de la ville à acquérir le pré de Bellecour afin d'y aménager une place publique. L'achat est effectué en 1604. Cependant son sort juridique n'est pas réglé si facilement : de nombreux héritiers et créanciers de l'Archevêque se battent en justice.

Il faut attendre jusqu'en 1708 pour que le jeune roi Louis XIV obtienne pour la ville la possession définitive de la place. Il la choisit pour y déposer en 1715 la statue de bronze le représentant et réalisée par Desjardins. Bellecour s'appelle alors la place Royale. On orne la place de beaux édifices sur ses faces orientale et occidentale (les deux autres l'étaient déjà d'immeubles construits ou reconstruits au milieu du XVIIème siècle). Les façades des immeubles sont dessinées par le premier architecte du roi lui-même, Robert de Cotte.

Le Rhône et la Saône en crue l'inondent plusieurs fois, comme en 1756. Bellecour, à ce moment-là, est seulement aux débuts de ses exploits…

Les traces de l'histoire

Pendant la Révolution, l'autel de la Liberté qui y est élevé le 14 juillet 1790 ne la protège pas, en 1792, des saccages d'une foule fanatique et de la présence d'une guillotine, puis de la destruction de la statue de Louis XIV.

Enfin, la Convention, triomphant de la résistance lyonnaise, fait démolir les maisons de la place qui porte depuis peu le nom d'Egalité. Bellecour prend une apparence désertique et reste longtemps jonchée de ruines.

Ce n'est qu'avec les travaux menés sous le Consulat de Bonaparte dès 1800 que la place Bellecour retrouve sa beauté. Dès lors, la place prend le nom de Bonaparte puis de Napoléon.

A la même époque, la place Bellecour commence à rassembler le monde. Elle s'ouvre à diverses activités : un marché aux fleurs dès 1826, l'établissement d'un corps de garde en 1827, la construction de deux pavillons au milieu du siècle (aujourd'hui la Maison Dorée et le pavillon du Tourisme).

La place retrouve aussi en 1826 une nouvelle statue de Louis XIV, chef d'œuvre du lyonnais François Lemot.

Elle doit faire face aux boulets et aux barricades des insurgés en avril 1834, à une grave inondation en 1840, à la révolution de 1848 qui efface l'inscription latine de la statue (un moindre mal)…

En 1871, après avoir pensé à la détruire, on se contente de n'y laisser qu'une inscription rappelant le nom de son auteur, en feignant de donner un caractère anonyme au majestueux cavalier. C'est de là que vient l'incomplète désignation de " cheval de bronze ".

Bellecour a réussi à survivre et à se relever de ces nombreuses épreuves. Il n'est pas besoin d'une trop grande imagination pour y évoquer le jeu de paume et les Chevaliers de l'Arc du XVIe, le couvent des dames de Blyes, le jeu de mail du XVIIe siècle, le palais de l'Intendance et les révoltes du XVIIIe.

Le clocher de l'ancien hôpital de la Charité reste le meilleur témoin, depuis trois siècles, des évènements et des émotions qui ont fait vibrer cette place …

Les dessous de la Place Bellecour

Imaginez une bataille ...Bataille du peuple, de la rue, pour conserver les vestiges du temps chers à leur cœur. 1932 : l'hôpital de la Charité construit en 1617 est détruit, remplacé par la Grande Poste. Détruit, certes, mais pas entièrement. Les Lyonnais ont fait retentir leur voix, afin de garder le clocher intact, contre l'avis du maire de l'époque, Edouard Herriot. Et ils ont gagné !

Imaginez un lieu convivial depuis de longues années ...

Dès le début du XIXe siècle un marché aux fleurs ainsi qu'un corps de garde occupent la place. Deux pavillons sont construits, dont un café restaurant. La tenancière de l'établissement est connue sous le nom de " reine des tilleuls ", en rapport aux nombreux tilleuls qui ornent la place Bellecour avant qu'elle ne soit replantée de marronniers. Cette dame n'était peut-être pas la dame la plus honnête qui soit, elle a même fait une réclame tapageuse au quartier…au point qu'elle dut s'en aller après avoir fait courir toute la ville à ses bruyantes exhibitions. La gargote du père Lathuille fut aussi célèbre pour avoir compté parmi sa clientèle de malchanceux et de fauchés le poète Charles Baudelaire.

En 1890, on s'amuse déjà à flâner sous les grands tilleuls qui forment alors une véritable forêt sur la place. C'est aussi à la fin du XIXe siècle que s'installe chaque année sur le fond occidental de la place l'exposition du Salon des Arts. Dès 1932, un architecte lance un projet de parking sous la place Bellecour, même s'il n'est réalisé qu'en 1963 par le maire Louis Pradel. Tout le siècle, ce lieu est l'endroit où il faut se promener afin de voir et surtout d'être vu. La bourgeoisie s'y presse en masse, goûtant à tous les plaisirs que lui offre la place ombragée. Les mères ont la possibilité de confier leurs bébés à des nurseries, on peut faire les magasins, se faire prendre en photo par le photographe ambulant, acheter des friandises, aller au cinéma Pathé qui occupait l'actuelle FNAC, etc.

La place Bellecour a tellement de succès au XIXème siècle qu'un ingénieur envisage même l'installation de la gare centrale de Lyon !

Imaginez les sous-sols de cette place grandiose

A la fin de la guerre les facteurs au chômage pédalaient encore sur des vélos délabrés pour activer des dynamos et générer de l’électricité ; songez à leurs souffrances dans ces sous-sols exigus, sans aération…

En 1963, le creusement du parking donne une excavation pleine d'eau et de boue. Dans les années soixante-dix on lui ouvre de nouveau les entrailles pour y faire passer le métro, de nouveau les lyonnais pataugent pendant des mois dans la boue qui se trouve sous la place. Et oui, ce fut aussi ça, notre belle place Bellecour ! Comme toute chose elle a ses cotés lumineux et ses cotés sombres …

La place Bellecour, source de légendes

Elle est encore source de légendes urbaines modernes. La statue de Louis XIV est à la base de l'une des plus tenaces d'entre elles.

La petite histoire veut que François Frédéric Lemot, son sculpteur, se rendant compte qu'il avait oublié de faire des étriers à la statue, se soit suicidé à cause de cela. Or, monsieur Lemot est mort à Paris bien des années après… pour la simple et bonne raison que Louis XIV est représenté à la romaine, donc sans selle ni étriers. Le pauvre Lemot n'avait donc aucune raison de se suicider pour si peu …

Plus récemment, elle a inspiré le sculpteur : Mme Guillaubey Christiane, qui a posé là, sur le bord occidental de la place, comme on pose son cartable à la récré -pendant que les maitresses ont le dos tourné - une haute colonne de marbre blanc gravée de citations…

Sur la colonne, deux promeneurs de bronze ont fait halte, l'un assis, l'autre debout, Antoine de St Exupéry et le Petit Prince, regardent éternellement le soleil se lever, sur une place qui a vu jouer le plus fantasque des écrivains lyonnais,

La place Bellecour regorge de secrets et autres anecdotes, qu'elle garde jalousement dans ses sous-sols, coins et recoins, de même que dans la mémoire de nos anciens … Mais le passé affleure très vite sur cette place tellement propice à rêver …

J'espère que vous avez apprécié ce sujet.

(Article rédigé avec la participation de Julie V.)

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